Cycle 1 : L’Académie de Santhoryne

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Cycle 1 : L’Académie de Santhoryne 2018-10-21T15:57:37+00:00

Cycle 1 – L’Académie de Santhoryne

Cycle 1 : L’Académie de Santhoryne – 22,90 €

Format broché 14 x 22 cm – 658 pages

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Synopsis

Je suis dangereux. C’est ce qu’ils pensent tous. Quelque part, je leur fais peur mais je suis aussi l’un des rares à pouvoir répondre à la menace des Avatars Noirs. C’est pour cette raison que je dois être initié en secret à la nécrilosie, une magie noire ancestrale dont la pratique a été interdite par la Couronne. Car il nous faut combattre le Mal par le mal. Pourtant, rien dans ma nature d’enfant craintif ne me prédestinait à emprunter un tel chemin. Jusqu’à cette nuit où ma vie a basculé. Désormais, il me faut affronter ma part d’ombre et même si je ne suis pas seul, je ne peux m’empêcher de craindre ce que je suis. Et s’ils avaient tort ? Et si au lieu d’être l’espoir de paix des royaumes d’Edenfall, j’étais le véritable ennemi ?

Extrait 1

Discrètement, je dépliai le petit morceau de papier qui venait d’atterrir devant moi :

« As-tu réfléchi à ma proposition ? »

En me retournant, je croisai le regard de Tixiane, assise quelques rangs plus haut dans l’hémicycle. Elle me sourit, impatiente de connaître ma réponse. Mais j’étais toujours indécis. Je finis par prendre ma plume et griffonnai quelques mots sous les siens. Plutôt que de jeter le papier par accident sur un de mes voisins, je décidai d’utiliser la nécrilosie. J’hésitai un bref instant entre le Mantra de l’Esprit et Emerys, puis optai finalement pour Emerys. Après tout, c’était une occasion comme une autre pour réviser mes Glyphes. Je traçai donc le sort dans un coin de la feuille. Brome, en plein discours sur une effrayante peuplade du Kahosten dont je n’avais pas retenu le nom, déambulait en bas de l’amphithéâtre sans me prêter attention. Je marmonnai la formule adéquate et le mot, plus froissé que plié, décolla de ma table. Au même moment, Brome leva les yeux dans ma direction. Il resta interloqué une demi-seconde devant la boulette de papier en lévitation, puis la suivit du regard quand elle fusa vers Tixiane. Rejetant toute responsabilité dans cette correspondance, elle la balaya d’un revers de la main en prenant son air le plus innocent. Brome se fendit d’un sourire de délectation anticipée et gravit les marches vers la jeune fille, qui feignit de ne pas le voir arriver.
— Ramasse-le, ordonna-t-il en lui tendant la main pour l’inviter à y déposer la boulette.
De mauvaise grâce, elle s’exécuta.
— Alors, alors… Qu’avons-nous là ?
Tous les élèves attendaient de découvrir avec Brome la teneur du message.
— « As-tu réfléchi à ma proposition ? » lut-il à voix haute. Tiens donc…
Il se pencha vers elle :
— C’est quoi ta proposition ?
— Ça ne vous regarde pas !
— Tu rigoles, là ? Je suis ton prof et vous vous balancez des petits mots pendant mon cours. Alors bien sûr que ça me regarde !
Je n’osais même pas lever les yeux vers elle, contrairement à tous les autres qui la fixaient.
— Bon, vu les tronches que vous tirez, ça doit être un truc gênant, genre un rencard ! analysa Brome. C’est ça ? C’est un rencard ?
Notre silence en disait long et il se régala de notre embarras.
— Petite coquine, va… Tu veux que je te lise la réponse ? Non ? Allez, je te la lis quand même. Je suis sûr que tu meurs d’envie de savoir. Réponse : « On en reparle plus tard ». Oulà…

Extrait  2

Je me redressai comme un ressort. Mon cœur se mit à battre la chamade et la terreur me fit suffoquer. Dans le noir, je perçus le mouvement d’une forme massive qui fit trembler la caverne. Je décampai en hurlant. Puis tout se passa très vite. Un bruit sourd et puissant me parvint tandis que le monstre se précipitait derrière moi en grondant. Je courais sans me retourner. J’entendais les terribles mâchoires s’ouvrir et claquer dans mon dos alors qu’il essayait de m’attraper. Soudain, des flammes crépitèrent à mes oreilles. Mon manteau avait pris feu. Je m’en débarrassai tout en m’efforçant de tenir le rythme de la course. Mais dans la précipitation, je me pris les pieds dans les restes d’animaux morts qui gisaient et m’étalai de tout mon long sur la pierre froide. Submergé par la panique, je tentai de me relever sans y parvenir. Je perdais mes moyens, incapable de concentrer mes efforts sur le Mantra du Contrôle. Dans un dernier espoir, je roulai sur le dos et tendis les bras en direction de la bête. La peur canalisa l’énergie nécessaire. Une boule destructrice jaillit de ma paume ouverte mais je n’avais pas ajusté mon tir. Namastiera frappa le mur juste à côté du dragon, frôlant de peu les écailles du monstre. Cela avait à peine noirci sa peau rugueuse et épaisse mais l’attaque suffit à le faire entrer dans une rage folle. Il se dressa avec un cri effroyable, puis se mit à donner des coups de tête contre les parois de la grotte. Tout tremblait autour de moi. Ses rugissements assourdissants se propagèrent jusqu’au fond de mes entrailles. De la poussière et des cailloux me tombèrent dessus. Au plafond, des blocs de roche menaçaient de se détacher. Il fallait que je sorte de là le plus vite possible. À quatre pattes, je voulus m’orienter vers la sortie mais un éboulement me stoppa, obstruant la seule issue. Des pierres et des rochers se fracassèrent au sol, les uns sur les autres, et une douleur intense m’envahit. L’un d’eux me broyait la jambe. J’étais bloqué, à la merci du monstre, le cerveau en ébullition. Le dragon ouvrit une gueule béante au fond de laquelle j’aperçus la naissance d’un brasier. Le temps s’arrêta une fraction de seconde et je sentis son souffle brûlant sur mon visage.

Extrait  3

Altilus termina son cours sans cesser de me postillonner dessus, à tel point que j’en vins à me demander s’il ne le faisait pas exprès. Enfin, il nous laissa une heure complète pour préparer notre petite démonstration. Je plaçai la plume à ma droite dans l’intention de la téléporter à gauche. Plus la distance était faible, plus c’était facile. Je concentrai l’éthérax contenu dans mon sang vers ma tête et visualisai le point d’arrivée.
Au premier essai, il ne se passa rien. J’étais un peu surpris et surtout, déçu. Jusqu’à présent, ma maîtrise du Mantra de l’Esprit m’avait toujours permis de dépasser les attentes de notre Maître. Cependant, à la quatrième tentative, ma plume disparut enfin. Satisfait, je jetai un coup d’œil à mes compagnons pour savoir où ils en étaient. La tête dans les mains, Elibouban soupirait d’exaspération devant sa plume, qui s’obstinait à ne pas bouger. Aëslin, lui aussi agacé, marmonnait la formule en fixant sa propre plume, laquelle disparaissait et réapparaissait sans cesse au même endroit.
— Monsieur Noir-Chagrin, vous devez apprendre à vous concentrer sur deux choses à la fois : vous parvenez à dématérialiser votre plume mais vous n’arrivez pas à visualiser en même temps le point d’arrivée. Travaillez donc en ce sens, intervint Altilus.
— Bien, Maître.
— Daoïne, où est votre plume ?
Je baissai aussitôt les yeux sur mon pupitre. Il n’y avait rien. J’étais parvenu à dématérialiser ma plume et j’avais pris cela pour une victoire avant même de la voir réapparaître.
— Euh… Je… elle…
— L’auriez-vous fait disparaître ?
Je dodelinai de la tête, nerveux.
— Détrompez-vous, monsieur Daoïne. Quelle que soit l’immensité de vos pouvoirs, vous ne pouvez ni créer la matière, ni la faire disparaître, à moins d’utiliser l’Orbe du Néant. Mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? Votre plume est donc forcément quelque part, quel que soit son état. Trouvez-la.
— Oui, Maître.
Je me levai pour faire le tour de la classe, avant de la retrouver sous mon pupitre. Soulagé, je la reposai et continuai à m’exercer, jusqu’à ce qu’Altilus exige que nous lui fassions notre démonstration. Il voulait voir de quoi nous étions déjà capables à ce stade de l’entraînement. Je passai le premier, et malgré l’appréhension légitime qui me faisait légèrement trembler, tout se déroula sans encombre. Altilus hocha la tête d’un air satisfait. Aëslin fut le suivant et montra un succès égal au mien. Cela m’agaça. Je dardai finalement un regard impatient sur Elibouban, qui se préparait à réaliser l’exercice. Il se concentra et prononça la formule. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne restait devant lui plus que la partie centrale de la plume, une espèce de grande arête. Il tourna la tête vers moi et j’aperçus alors sur mon pupitre un petit tas de barbes… J’eus du mal à ne pas sourire. Le grognement mécontent d’Altilus se fit entendre.
— Très bien. Monsieur Wilhazen, vous allez vous retirer au fond de la classe pour poursuivre l’exercice. Vous avez besoin d’entraînement. Tant que vous ne parviendrez pas à téléporter la totalité de votre plume, vous n’étudierez rien d’autre. Quant à vous, messieurs, qui avez brillé à ce test, nous allons voir de quoi vous êtes capables lorsqu’il s’agit de vous téléporter vous-mêmes…
Hein ?!
Je me sentis soudain fiévreux. Il nous faisait passer du stade « plume » au stade « nous-mêmes » sans même passer par l’étape « souris » ? Il était devenu fou !