Le Prix de la Trahison Partie 2

//Le Prix de la Trahison Partie 2
Le Prix de la Trahison Partie 2 2018-03-17T17:05:47+00:00

Le Prix de la Trahison
Partie 2/2

Ne l’écoute pas, c’est lui qui te manipule. Oui, elle était en parfaite harmonie avec son Djil Obscur depuis des années. Il avait toujours su la guider.
– Ne te laisse pas abuser, Sélénya. Il a déjà commencé à te détruire et il ne s’arrêtera pas.
À nouveau, elle cligna des yeux. Le doute s’insinua de plus belle, aussitôt chassé par sa voix intérieure.
Je ne te détruis pas. Je te rends plus forte. Ensemble, nous allons régner sur le monde !
Tremblante d’excitation, Sélénya adressa un regard torve à son interlocuteur. Elle avait l’air d’une aliénée, les yeux injectés de sang. À cet instant, Altilus sut qu’elle était perdue. Puis tout se passa très vite. Il capta un mouvement et par réflexe, leva le bras à son tour. Il y eut un bruit assourdissant lorsque les deux sphères noires grésillantes se heurtèrent. Le souffle de l’explosion fut si violent qu’ils furent balayés en même temps, la peau brûlée jusqu’à l’os. Étendus à même le sol, brisés de part en part, aucun des deux ne remua.
Au cours de sa longue existence, Altilus Hurlevent avait enduré plus de souffrance que la plupart des mortels auraient pu en faire l’expérience dans plusieurs vies. Mais les dégâts entraînés par le choc entre deux Namastiera, à si courte distance qui plus est, lui infligeaient un supplice d’un nouveau genre. Terrassé par la douleur, il eut toutes les peines du monde à s’extirper de cette semi-inconscience contre laquelle il luttait désespérément. Il avait l’impression que son corps était en miettes et avait intégralement brûlé. La seule chose, à cet instant, qui le consolait, c’était de songer que Sélénya partageait son sort. Mais quoi qu’il en soit, il devait réagir le premier. Ne pas laisser cette maudite diablesse l’emporter ! Dans un grognement imperceptible, il chercha à bouger, sans grand succès. Alors il se contenta de rouvrir les yeux et concentra son énergie et ses pensées sur le Mantra de Guérison. Cela allait sûrement le vider de ses dernières forces, mais il n’avait guère le choix. Dans un nouveau déluge de souffrance, il sentit ses os se remettre en place, ses organes se reconstituer, ses plaies se refermer et cicatriser. Très vite, il put respirer mieux et la douleur s’apaisa. Il se redressa, mit un genou à terre, puis se leva, affaibli et chancelant. Alors qu’il revenait vers le lieu de l’impact, il jeta un œil au corps de la Liche, qui n’avait pas échappé aux effets de Namastiera. Fort heureusement, elle respirait encore. Mieux que ça, elle remuait ! Lorsqu’elle lui tendit la main en gémissant, Altilus se précipita pour l’aider à s’asseoir. Elle tremblait, sans doute à cause des brûlures qui ravageaient sa chair, mais elle ne se plaignit de rien.
Du bout des doigts, elle tâta son visage noirci et suintant. Elle grimaça :
– Hum… Que s’est-il passé ?
– La rencontre brûlante entre deux Namastiera.
– Où est-elle ? aboya la Liche en tentant de se relever.
– Ici !
La jeune femme s’avançait vers eux en titubant, ivre de colère. Elle n’était pas parvenue à réparer toutes ses blessures. Cependant, elle était prête à en finir, dut-elle le payer de sa vie. Mais au moment où elle s’apprêtait à prononcer la formule fatidique, elle sentit son pouvoir s’évanouir, comme s’il s’échappait de son sang. Elle laissa retomber sa main, interdite. Dans le même temps, elle réalisa que son corps semblait s’estomper. Elle s’effaçait… Son existence-même s’étiolait.
– Qu’est-ce qui m’arrive ? s’écria-t-elle en relevant les yeux vers la Liche. Qu’est-ce que vous m’avez fait ?
La Liche, toujours soutenue par Altilus, cessa de murmurer. Elle soutint le regard haineux de la sorcière avant de se résoudre à l’éclairer sur son sort :
– J’ai scellé ton avenir. Te voilà condamnée à errer dans cette forêt, prisonnière d’une dimension dans laquelle tu ne seras plus qu’une ombre. Ni vivante, ni morte. Dépossédée de ton pouvoir.
Sélénya tomba à genoux, le visage crispé, et laissa échapper une longue plainte.
– Vous ne pourrez pas me garder éternellement prisonnière ici !
– Nous verrons bien.
– Toutes les malédictions ont leurs points faibles, celle-ci comme les autres ! cria Sélénya, à bout de souffle. Je reviendrai achever mon œuvre !
La Liche ne prit même pas la peine de lui répondre et s’éloigna, pensive. Il était peut-être temps de quitter cet endroit. Même si elle n’en avait rien laissé paraître, cette trahison l’avait bouleversée. Cela avait ébranlé sa confiance envers les autres autant qu’envers elle-même. L’exil vers une autre terre pourrait lui être profitable. Vers un autre monde… Se faire oublier de tous, s’écarter des guerres incessantes qui opposaient hommes, sorciers et magiciens, disparaître…
– Tu ne peux pas partir maintenant, intervint Altilus en grognant.
La Liche s’arrêta et lui décocha un regard dur.
– De quel droit oses-tu t’insinuer dans mes pensées ? Mêle-toi donc de tes affaires !
– La Liche ne peut pas fuir ses responsabilités ! lança sévèrement le sorcier en s’immobilisant.
L’intéressée s’arrêta à son tour et lui fit face :
– Qu’est-ce que tu insinues exactement ? Le monde vient d’être débarrassé de l’Obscur. Que te faut-il de plus ?
– Nous devons trouver le Secret des Murmures.
La Liche eut un soupir agacé :
– Au diable ces histoires ! Nous ne sommes même pas certains qu’il ait réussi à mettre au point ce damné sortilège !
– Bien sûr que si ! La seule chose que nous ignorons, c’est qui l’a en sa possession.
– Nous ne savons pas non plus comment le neutraliser, fit remarquer la sorcière.
– Raison de plus pour ne pas tourner le dos à ceux qui ont besoin de nous. Si le Secret des Murmures est exploité par les mauvaises personnes, tu sais ce qui arrivera…
– Et alors ? Serait-ce une si mauvaise chose finalement ? lâcha la Liche, narquoise.
– Tu ne le penses pas sérieusement, n’est-ce pas ?
La sorcière ne répondit pas. Elle se contenta de lui tourner le dos et s’éloigna de quelques pas hésitants. Altilus la regarda, silencieux et dubitatif. Elle s’arrêta un peu plus loin. Le sorcier la rejoignit sans un mot. Il posa une main sur son épaule et dans un geste d’affection, elle la serra.
– Écoute, avec un peu de chance, plus personne n’entendra jamais parler ni de l’Obscur, ni du Secret des Murmures, chuchota-t-elle. Pour une fois dans notre existence, pourquoi ne pas profiter de ces temps de paix qui s’annoncent ?
Altilus Hurlevent retira sa main, les mâchoires crispées. Après tout, elle avait peut-être raison. Si tout danger immédiat était écarté, il allait enfin pouvoir se consacrer à son rôle de professeur et former de nouveaux sorciers à maîtriser leur Djil Obscur. Et si une nouvelle menace venait à se préciser un jour, il serait alors toujours temps d’agir.

Retour