Nerendell

Nerendell 2018-03-27T18:30:00+00:00

Nerendell

Le cœur de l’Empire d’Aznaghell a cessé de battre. Il est devenu cendres sur une terre amère, où l’esquisse d’un royaume s’est maladroitement dessinée après la Guerre Originelle. J’étais là au commencement de tout. J’ai vu le premier des rois s’élever, puis chuter. Son fils lui succéder, et son fils encore après lui. Dans l’ombre, j’ai assisté au déclin d’un royaume qui n’a jamais cessé de vouloir se reconstruire. J’ai vu les hommes en colère se rebeller, puis se résigner. J’ai été le témoin des couronnements et des assassinats, des complots politiques et de la soif de pouvoir qui habite tous les mortels. Était-ce là la glorieuse destinée d’une terre aussi vaste et généreuse que Nerendell ? La déchéance…

Dans le fond, peut-être aurait-il été préférable de laisser l’Obscur et ses Avatars Noirs envahir le continent. Le renouveau n’est possible qu’en le bâtissant sur les ruines de ce qui fut, ce qui exige parfois un sacrifice. Mais malgré son Histoire tumultueuse, certaines choses à Nerendell restent immuables. Parmi elles, la mystérieuse dynastie des Noir-Chagrin, qui règne depuis la nuit des temps sur une lointaine contrée au nord. Le Talimaro. Une province à laquelle tous les rois de Nerendell ont dû renoncer, laissant ceux qui y vivent sous le joug du patriarche, Valafar l’Ancien. Curieusement, en dépit de ma longue existence, je n’ai jamais rencontré cette famille, à l’exception du plus jeune héritier de la lignée, Aëslin Noir-Chagrin, le tout premier détenteur du Don des Ténèbres parmi les siens. Mais de réputation, je sais qu’il vaut mieux ne pas défier Valafar car même si son pouvoir n’est pas lié à la magie, il n’en est pas moins redoutable. Il règne sur une terre honnie, où le soleil se fait trop rare pour en chasser l’ombre. Des créatures mauvaises s’y tapissent et aucun homme sain d’esprit ne se risquerait en pareil territoire.

Nerendell a longtemps été mon foyer. J’y ai vécu mes jeunes années. Fiercastel, la capitale, est la plus fortifiée des villes et la mieux gardée. Baralonne, la Cité des Érudits, abrite le Temple des Archives et le Palais des Arts. Elle est une incontournable étape lorsqu’on visite le continent. La beauté de ses édifices est sans égale et il y règne une ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. En vérité, chaque cité possède une âme qui lui est propre. Il y a autant d’endroits à visiter que de lieux à éviter, comme la forêt des Mille-Âmes, la ville maudite de Montfaucon, le Talimaro, ou encore la Cité d’Oshùn. Sans parler de Zénith, dont la réputation n’est plus à faire. Mais rien ne vaut de contempler les pics du Talvaros au lever du soleil, ou d’admirer les feux bleus qui illuminent les remparts de Westerholt à la tombée du soir.

Je déplore la décadence de la Couronne au fil des décennies. Du roi Tyralion à son descendant Asmaëlion, aujourd’hui sous l’emprise d’un homme dangereux, je vois le royaume s’effondrer sur lui-même. La dynastie des Lions s’éteindra bientôt. Qu’arrivera-t-il alors ? J’ai assisté à tellement de guerres, tellement de déchirements et de lutte pour des causes vaines que je m’en lasse. Si les hommes ne savent pas jouir de ce qui est à leur portée, alors que les Ténèbres les emportent, cela m’est bien égal.

Zélana Valarys,
« Du Prestige au Déclin »
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