Septentrion

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Septentrion 2018-03-27T18:32:04+00:00

Septentrion

Royaume du Nord, Royaume Septentrional, Terres de Glace ou encore Terres Blanches… Tels sont les nombreux surnoms que l’on donne à cette lointaine contrée, esclave d’un hiver éternel. J’ai rêvé de la visiter dès mon plus jeune âge, à l’époque où mon père me contait ses propres aventures là-bas. Le froid ne m’effrayait pas. Le voyage ne m’impressionnait pas. Je voulais marcher dans ses pas et vivre son épopée.

Le jour où, enfin, je fus en âge de prendre la mer pour naviguer vers les eaux glacées du nord, je ne m’attendais pas à entrer dans un monde de prestige et d’élégance. Le peuple Orin’dell, fruit d’un mélange entre deux races, occupait Septentrion depuis toujours. De leurs ancêtres elfes, ils avaient hérité la grâce, l’agilité et le sens de l’honneur. Des humains, ils avaient endossé la mortalité. Néanmoins, cette tare ne les rendit que plus sages. Par ailleurs, ils étaient doués d’un talent rare dans l’art du combat et de la stratégie militaire. La renommée de leur école de guerre, Malcyllar, avait vite dépassé les frontières du royaume.

D’autre part, la Couronne Blanche entretenait cette singularité qui laissait peu d’hommes indifférents et contribuait indéniablement au charme de Septentrion : depuis des siècles et des siècles, le pouvoir se transmettait de mère en fille. Jamais personne n’avait remis en question l’héritage de ces femmes au caractère affirmé et à l’esprit aiguisé, qui rivalisaient de beauté. Elles gouvernaient leur royaume avec force et droiture, mais leur talent dans l’exercice du pouvoir, aussi admirable fût-il, n’était pas la seule raison pour laquelle on ployait le genou devant elles. Cette dynastie de reines avait un don que ne partageaient pas les gens du commun : la faculté de détecter la magie, et d’identifier ainsi sorciers ou magiciens. J’ignorais, à cette époque, l’incidence de ce pouvoir sur la société Orin’dells et sur l’Histoire de Septentrion.

En visitant Gallysta, capitale du royaume, je compris à quel point les Orin’dells rejetaient la magie, et en particulier le Don des Ténèbres. Les ravages de la Guerre d’Expé-Diem avaient marqué à jamais leur mémoire. Un jour, surpris par le Vendaïvel, un blizzard particulièrement violent et imprévisible propre aux terres de glace et redouté par les Orin’dells, je ne pus trouver refuge avant d’être transi de froid. Incapable de lutter contre la neige qui me recouvrait, je ne dus la vie qu’à la Providence, qui avait mené un brave homme du nom de Clévarion jusqu’à moi. Il me recueillit dans sa forge, où je pus me réchauffer. C’est en discutant avec lui que j’appris comment les Orin’dells avaient négocié un traité avec les Faërys établis en Thallycie, célèbre pour ses mines d’obérantine.

L’obérantine.

Je me souviens avoir entendu mon père l’évoquer, par un soir d’orage. Il l’appelait le minerai blanc. Une matière capable d’annihiler la magie. D’après ce que j’avais compris des explications de Clévarion, l’obérantine émettait un rayonnement invisible à l’œil nu qui altérait considérablement autant le Don de la Nature que le Don des Ténèbres, ou les annulait complètement si la source de la magie se trouvait trop près du minerai. D’après mes recherches, il n’existait aucun autre endroit au monde abritant de tels gisements. La Thallycie était donc l’unique détentrice de ces mines et les Orin’dells en étaient désormais les propriétaires.

Au cours d’un voyage vers Evarzheg, j’eus la chance de rencontrer l’architecte Yzidiel, un homme au crépuscule de sa vie, oublié de tous et heureux de partager ses souvenirs autour d’un bol de soupe bouillante. Nos chemins s’étaient croisés un soir où je faisais étape à l’Étoile de Givre, une taverne isolée près des montagnes du Stygmaël. Il avait été au service de la huitième souveraine de Septentrion pendant plus de trois décennies. La reine Brianna… Sur son ordre, l’obérantine devait être intégrée à toutes les édifications de Septentrion, passées comme futures. Les Orin’dells prenaient très au sérieux la menace de la magie et c’était là une façon de se prémunir efficacement contre le danger.

Mais peut-être pas contre tous les dangers. Car un bruit commençait à se répandre. Une rumeur disait qu’un voyageur avait découvert, lors d’une de ses expéditions vers l’est du continent de glace, un gisement de cristaux noirs, à l’intérieur d’une grotte. Il avait baptisé sa trouvaille Triskior, qui signifiait « diamant des ombres ». Même s’il restait encore beaucoup à découvrir sur cette matière inconnue, on murmurait déjà qu’elle renfermait une essence maléfique.

Uan Rackmal
« Voyage Sans Retour »

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